dimanche 23 octobre 2016

Lecture de la V8


PHOTOGRAPHIES, Louis Monier / INGENIEUR DU SON, Jérôme Ayasse / MONTAGE-SON, Jean-Marie Humbert / DYDASCALIES, Carlo Brandt


GENA, Olivia Corsini

BEATRIX, Astrid Roos



ADRIEN, Nassim Si Ahmed


HECTOR, le petit frère de Patrick Dewaere


JEAN, Félicie Baille


ATHENA, Camille Tenne

LA BABY-SITTER, Claire Spagol

YANN, Yann Rispal
BRUNO, Hicham Tahir






ANTOINE DE BAECQUE, Jom Roniger

















ENREGISTREMENT du scénario DANS LE BAIN D'HECTOR/V8*
Paris, lundi 10 octobre 2016 entre 11h00 et 16h00
Merci à Mathilde Dessane, Caroline Krieg, Lizzie Brocheré, Jerry et David Genzel
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* D'après la pièce de Virginie Gimaray & Jom Roniger intitulée Dans le bain d'Hecor






mardi 15 décembre 2015

Devoir de français niveau quatrième


« Et si tous ceux qui ont accès à la parole publique ne prennent pas leur part de risque, alors les barbares ont gagné. » Dans le film L'Humour à mort, Elisabeth Badinter.

DEVOIR DE FRANÇAIS | CONSIGNE | à travers les yeux d’une personne qui ne connaît pas cet endroit, décrire une journée type dans la cour du collège

Jour d’inspection au Collège Dolto dans le XXème. Rendez-vous avec les professeurs, je me dépêchais. « La salle des maîtres est dans le bâtiment B, m’indiqua un AED [Assistant d’Education Disciplinaire], il faut traverser la cour… si vous en avez le courage ! » Une odeur fétide, en effet, me saisit à la gorge en pénétrant dans cet espace que quatre ou cinq marronniers ne parvenaient pas à égayer : terre sauvage en plein Belleville, ce coin de béton misérable n’était pas la jungle amazonienne, mais un cloaque immonde laissé à l’abandon par le Rectorat de Paris. Vérifiant que la porte de sortie restait accessible, derrière moi, j’osai quelques timides pas à l’intérieur de cet espace clos divisé en zones : le foyer avec les armoires pour les cartables, les toilettes et l’entrée de la cantine. Victime d’une furieuse envie d’uriner, je choisis les toilettes comme premier lieu d’exploration. Elles étaient composées de six pissotières accrochées à un mur crasseux, plus deux toilettes isolées, sans papier, sans verrou aux portes. Pas vraiment l’endroit rêvé où se détendre. Rares étaient les personnes à pénétrer dans ces égouts à ciel ouvert, inutile de traîner, je préférai rebrousser chemin, car j’avais la nausée. Dehors, en m’appuyant contre un arbre pour vomir, je constatai que le sol était couvert d’emballage de bonbons. Des élèves avec des casquettes à l’envers et le pantalon qui descend, le slip visible, jouaient au foot. Je traversai ce baby-foot géant en faisant attention de ne pas me prendre de balle dans la tête. A l’entrée de la cantine, je notai que les élèves se ruaient tels des animaux à l’étable. Il y avait des escaliers qui descendaient, comme aux enfers, et d’autres qui montaient, un surveillant sensé trier les élèves, garder l’étable et le premier étage, aussi vieux qu’un dinosaure mâchouillant la cime des marronniers qui passaient par les fenêtres ouvertes. Il n’était pas vraiment différent des autres, sauf que lui avait le droit de s’énerver, ce qui donnait lieu à des jaillissements d’acidité verbale sans mesure avec sa taille qui était petite. Ses vêtements était grotesques, comme ceux d’un singe dans un cirque : un long ciré jaune, un parapluie dont il se servait de canne et de fouet. J’étais outré de voir que ce petit singe colérique abusait de son pouvoir et faisait souffrir les élèves en leur assignant des heures de colle qui pleuvaient sur eux comme ses coups de parapluie. Ces groupes d’élèves me faisaient pitié : même avec leur carnet « Demi-pensionnaire » ou « Externe », signé par leurs parents, la Direction ne leur permettait jamais sortir. Pour les en empêcher, elle se cacherait toujours derrière la « Loi » et les principes de « Sécurité », comme dans ce fameux livre, Le Procès, écrit il y a longtemps, par un autre de ces élèves. Je dénichai derrière une poubelle éventrée une vieille casquette déchirée que j’enfilai à l’envers, baissai mon pantalon, tirai haut sur mon slip pour passer inaperçu et oser m’approcher d’eux. Mon seul objectif : me fondre dans la masse. Ces élèves ne fréquentaient la cour qu’à certaines heures, mais ces heures-là leur paraissaient bien longues. L’un d’eux, geste de sympathie et solidarité, m’offrit un Coca et un chewing-gum que nous dégustâmes à six, en le mâchouillant pendant dix secondes à tour de rôle. Le comportement de ces pauvres petites personnes, livrées à l’ennui et à la menace du vieux singe jaune, variait suivant les âges, les activités et les cris : les plus jeunes poussaient des sons aigus en jouant à chat quand les plus grands, assis sur les bancs à bavasser, campaient sur des notes plus graves. D’après mes observations, je dénombrai trois espèces : les plus jeunes ressemblaient à des chiots innocents ; ceux un peu plus âgés devenaient vite vicieux, volaient les biens des autres et ces hyènes s’amusaient à frapper les plus petits ; enfin les plus grands, avec qui je me tenais comme tombé dans un trou résolu à ne plus rien faire, cloués au bancs, viraient flémards. Hébétés, geignant sur les bancs comme des agonisants dans un hôpital sur les litières pouilleuses de la République, ceux-là poussaient de longs cris langoureux. « Mmh ! Délicieux ce chewing-gum, vraiment ! Et les madeleines aux pépites de chocolat industriel, vous avez essayé ? C’est bon aussi. » Après cette réplique diplomate, je voulu m’éclipser, mais l’un d’eux, plus vif que ses semblables, venait de m’attacher au banc. Avec son air hébété, il me narguait. La bave coulait de sa bouche et il s’essuyait les doigts sur ma belle chemise gouvernementale et officielle. Elle était fichue, impossible de la ravoir, sa bave était acide. Une chemise d’Etat, comment ce perfide escargot avait-il osé ? Mon vêtement officiel, dans un état lamentable, était irrécupérable… Comme une médaille, il colla le chewing-gum sur ma poitrine en rigolant et en me donnant un « steak ». Dans leur jargon, une petite tape sur le haut de ma tête. Ma casquette virevolta. Comment allais-je me sortir de là ? Leurs copains les gorilles à la raie des fesses visibles se mirent à parler de plus en plus vivement entre eux, à s’énerver et à pousser des cris stridents qui me glacèrent le sang : tous ne s’occupaient désormais que de moi.

Dans un monde idéal, la Direction et les professeurs avec qui j’avais rendez-vous ce matin, auraient affirmé que le collège était une période importante dans la vie d’un adolescent, ses salles de classes le lieu d’une initiation indispensable, bref, quelque chose comme les portes grandes ouvertes d’un avenir radieux. Hélas, je doute que je ne parvienne jamais à m’enfuir. Pour celle ou celui qui les lira, je le sais déjà, ces notes seront mon dernier rapport avec la vie.
  
HERMAN & JOM RONIGER
Herman était en 4e1 au moment de ce devoir de Français noté en janvier 2015

[Photo : Brindille à Belleville, septembre 2015]

jeudi 30 octobre 2014

Ils sont de retour…

  II la France va mal II mais ils sont vivants II quarante ans plus tard II ils sont de retour II
DEPARDIEU JUNIOR II BEBE-DEWEARE


DEPARDIEU JUNIOR II BEBE-DEWEARE

« Le film Les Valseuses met en scène cette double subversion nihiliste. Elle fait de la sexualité ostentatoire et de la délinquance les ingrédients fondateurs d'une contre-culture qui subvertit, puis remplacera la culture traditionnelle. // Foucault mourra en 1984, mais il vaincra à titre posthume. » 
LE SUICIDE FRANÇAIS, ERIC ZEMMOUR, PAGE 122, ALBIN MICHEL, OCTOBRE 2014

POUR UN REMAKE DES VALSEUSES


DANS LE BAIN D’HECTOR  
avec le petit frère de Patrick Deweare
un film de Jom Roniger


ALAIN CHAMFORT. — DANS LE BAIN D'HECTOR EST REVIGORANT, IL BOUSCULE LE CONSENSUEL ENVIRONNANT PAR SA FRAICHEUR, SA LIBERTE, SON AUDACE
MERCREDI 8 OCTOBRE 2014
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photographies de Véronique Durruty, agence Rapho, septembre 2014, Paris, veroniquedurruty.free.fr

jeudi 9 octobre 2014

Sur le bandeau


à Dominique Juliéno — Quoi de plus savoureux que le hasard ? Ce mot surgira cinq fois dans le texte, six fois le mot « hasard ». J'étais mardi soir occupé par un RV avec Patrice Leconte animant une master class, mollement animée en vérité. Le « petit maître », encore tout bronzé des vacances et ridicule dans ses Geox vernies annonçant un automne sans aucune séduction ni physiquement, ni par l'esprit, devint franchement désagréable au moment de l'entretien privé : « Un remake* des Valseuses ? — Oui, avec le petit frère de Patrick Deweare ! — Qui fera Depardieu ? — Bébé-Deweare étant énormément beaucoup plus gros que moi, il fera Gégé et moi je ferai Patrick ! — C'est impossible… — Et si je me laissais pousser les ch’veux, la p’tite moustache ? — Non, non, c’est impossible ! » conclut Patrice en tirant sur ses manches de chemise, dépassant de sa veste trop courte. Dans ma besace le Livre ouvert** de John Huston disait l’inverse : « Parfois ce qui semble impossible est la seule chose à faire. » Je décidai de filer doux, de foutre le camp, mais ne devais-je pas auparavant écouter la nana « dans la distribution » qui passait en seconde partie de soirée ? J’hésitais, ne devrais-je pas rester et, bon soldat, continuer de faire le job ? Efficacité, productivité, rendement… coup de fil de mon amoureuse qui m'attendait en banlieue, avec notre petite fille de un mois : « Okay ! L'ambiance est pourrie, lui dis-je, c'est le moment de foutre le camp, de sauter hors du wagon et j'arrive ! » A l’extérieur, divine suavité, j’emplis mes poumons d’un air revigorant et me pressai aussitôt vers la station de RER la plus proche. Chaque coin de rue me mettait en joie, j’allais les revoir. Et si je prenais à gauche, par là, longeant l'église St-Gervais/St-Protais animée par la lune ? Tenue par une confrérie de sœurs et de moines musiciens et chanteurs cette église attire celles et ceux qui aiment méditer, rêvasser sous une architecture baroque et aérienne. La ruelle dans laquelle je m’étais engagé, longeant l’édifice d’un calme inouï en plein Paris avant de déboucher sur la frénésie du GBHV, le Grand Bazar de l’Hôtel de Ville, était pavée à l’ancienne et le charme de cette ruelle perdurait, malgré une lignée d’urbanistes perdus à la cause et plus fous qu’aucun bâtisseur de cathédrales. Un chat miaulait sur le toit de l’Auberge de la Jeunesse, le temps n’existe pas. Suivant le claire de lune, un peu perdu donc, je m'engageai dans la ruelle. « Qui a écrit Les Nuits d'octobre ? — Gérard de Narval ! — Qui a filmé Les Nuits de la pleine lune ? — Le grand Momo ! » Je me la racontai, j’entendais les cloches dans ma tête, quand soudain, coup de théâtre, ombre et lumière, une silhouette connue, gracile, surgit de nulle part dans un joli manteau vert (sic) qui imprima immédiatement mon cerveau. Qui est-ce ? Hein ? Vraiment, c'est elle, comme dans le film ? Je me frottai les yeux. Il n’y en avait qu’une à rencontrer par hasard, c’était elle, bingo ! Hasard rohmérien de Marie Rivière ! Exactement comme dans Le Rayon vert, l'inconnu nous adressait la parole, je m’agrippai à lui et le saisis à la gorge pour lui énoncer mon admiration et mon amour. Le contraste entre l’attitude de Leconte et celle de Rivière était sidérant. « Merci pour vos jolies paroles, fait-elle, puis-je prendre une photo de vous ? » Nous échangeâmes quelques répliques expresses sur le trottoir, mais elles étaient tendres et bienveillantes, des n° de téléphone, et un selfie que la comédienne prit avec son Adroïde. Enhardi, je lui proposai de récupérer le scénario imprimé que Monsieur Bronzé-Ridicule venait de refuser une demi-heure plus tôt, esseulé dans ma besace, requinqué maintenant entre les mains d'une égérie de la Nouvelle Vague ! Réalisé en 1986 par Eric Rohmer, Le Rayon vert décrit une femme éperdue, lancée sur les routes de France à la recherche d’un hypothétique dernier rayon du soleil couchant, mythe ou réalité, sorte de Graal moderne, fruit invisible d’un imprévisible hasard, objet de pèlerinage à inventer. « Je suis vivante, je suis autre, je suis ailleurs, je ne suis de nulle part, hasard systématique, inscrit dans le récit et la façon d’appréhender l’écriture de la vie, le tournage d’un film, finalement la vie elle-même. » La caméra de Marie nous captura. Alors je basculai dans l’autre monde, dans la matrice sur Internet en publiant mon texte qui se cristallisa, se figeait dans l’esprit de mes lecteurs. Le temps perdu s’étira encore, j’imaginai écrit sur le bandeau d'une courte nouvelle : « D'après une histoire vraie ».


« Maintenant, je voudrais remercier tout le wagon pour ce merveilleux voyage ! », fit le guitariste en passant parmi nous. Nous étions dans le RER, plus que cinq stations et je plongerais dans les bras de mon amoureuse. La suavité de sa voix imitait celle des chanteurs et aspirants chanteurs à la télévision. La sonnerie de mon téléphone retentit. Appel masqué. Je décrochai quand même. Impossible de savoir qui c’était. Le débit de mon interlocuteur était extrêmement lent. « De quoi s'agit-il ? Allo ? », bredouillai-je sans obtenir aucune réponse. « Vieille église… contrat… comédienne… chat… assurance… », au rythme d'un mot par station c'était difficile de le suivre. Couvrant tout, le musicien jouait avec entrain, boosté par quelques sous qu’il venait de gagner. Dans un tunnel la communication s'interrompit brusquement. Je rangeai mon téléphone. Plus que deux stations, mon amoureuse m'avait-elle laissé un message ? Je le ressortis du sac. D'un pouce leste, je vérifiai mon compte. Je sursautai : APPEL MASQUE, ce n'était pas elle ! J'hésitai à décrocher. Le télédémarcheur finirait bien par se fatiguer, puisque je n'ai pas de messagerie. Mon téléphone sonnait, encore et encore, alors je décrochai en décidant de m’amuser, lançant ma réplique favorite avec le téléprospector de base : « Comment vas-tu, Zizi-moelleux ? Ça fait tellement longtemps qu’on ne s’est pas vu ? Tu te souviens de Baby-sexuelle ? Nous étions toujours ensemble tous les trois ! » Comparé à l’autre communication, la voix était volubile et distincte à présent : « Tu as essayé, mais cela n’a rien donné. Abandonne tes vieilles fringues, change de métier ! C’est quoi ton église sous la lune, la comédienne et le chat au grenier dans la réalité ? » Je sentis le souffle rauque de son âme venimeuse, qui s’échappait, cherchant à entrer en moi pour me saper le moral, cherchant à me dégrader, cherchant à me nuire. Mon échine se hérissa. Je me retournai, comme s’il y avait quelqu’un. Le wagon s’était vidé. « T’appelles ça une nouvelle, Ducon ? Et comment qu’tu vas bouffer, Zombie sur Internet ? Bouffon ? Esclave affranchi ? » Le train freina à quai. Suite au choc, le BlackBerry pourri qui me servait de téléphone s’échappa des mes mains. Sa coque rongée n'avait plus de prise. Marne-la-Vallée-Chessy, nous étions arrivés en bout de ligne A du RER, à Disneyland. Bloqué en mode haut-parleur entre le quai et le train qui allait repartir, sur les rail, de l'interstice mon téléphone continuait d'émettre : « Les Champs-Elysées, je vais te dire moi, c’est l’endroit où je supporte le mieux l’envers du décor ; on se targue d’être bons chrétiens et nous marchons sur nos propres valeurs. »



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* « Dans le bain d'Hector est revigorant, il bouscule le consensuel environnant par sa fraîcheur, sa liberté, son audace. » ALAIN CHAMFORT, mercredi 8 octobre 2014.
** An Open Book, page 256 de la traduction française publiée aux Editions Pygmalion, Gérard Watelet, Paris, 1982.



crédit photos : Marie Rivière et Laure Carrale

jeudi 11 septembre 2014

Troisième enfant







LOUBIANE RONIGER

née le VENDREDI 5 SEPTEMBRE 2014 à 21H30
47 cm pour 2,510 kg

Maternité des Diaconnesses, 75012 PARIS



« Ainsi revint la grâce, quand la conscience est elle aussi passée par un infini ; de sorte qu'elle apparaît sous la forme la plus pure dans cette anatomie humaine qui n'a aucune conscience, ou qui a une conscience infinie, donc dans un mannequin, ou dans un dieu. » SUR LE THEATRE DES MARIONNETTES, Heinrich von Kleist, 1810

crédit photos : Jom Roniger, Lena Loussouarn, Jean-David et Laure Carrale