Réponses par SMS :
VILLIERS. — Le hasard, pour moi, n'existe pas. « Il n'est de trouvailles que retrouvailles », dit Sigmund Freud.
gender fiction
Lausanne, lundi 21 mai 2012
Ce
qui est toxique n’est pas le conflit. Que se soit le conflit d’appartement, le
conflit d’argent ou le conflit d’un autre objet et sujet. Ce qui est toxique
est le malentendu. Tous les malentendus que toi, tu génères constamment,
propages expressément autour de toi. L’affaire du studio est ainsi emballée
de tant de malentendus comme d’autres histoires qui sortent de ta boîte. Tu ne
fais rien pour les réduire, les enlever, les clarifier. C’est ta stratégie à
gagner le combat. Tant qu’il y a des malentendus en suspense, tu es dans
l’avantage. Mais le climat autour de toi, je l’ai senti et d’autres personnes
le sentent également, devient d’année en année plus toxique.
Paris, Belleville, samedi 28 avril 2012 — Chère Christine B*, ci-joint les premiers épisodes de notre série intitulée REAL SEX. Le tournage des épisodes 0 et 1 est prévu fin juin, début juillet. […] Tu ferais un duo intéressant avec EVELYNE DIDI qui tient le rôle du psy dans la série, MADAME CHEREAU, mais le SPY est-il une femme ? Celle que j’ai admirée hier soir dans Tokyo Bar ? Est-ce un homme tel que ANDRE S. LABARTHE qui est un ami depuis vingt-cinq ans ? Il y a vingt-cinq ans, tu me rappelais Christine pour ce court métrage intitulé Lausanne-Palace, avec Terzieff dans la distribution. Revenons au spectacle hier. J’aime surtout la première partie, la fin n’est pas la bonne, à mon humble avis, tordant le sens de la pièce ou, du moins, son interprétation. Celle que je m’en fais en tant qu’écrivain et amateur de Tennessee. Pourrais-je stp en parler avec toi ? Il s’agit de la fragilité de ton personnage, de son amour pour Mark, et de son besoin compulsif de tout maîtriser. Mark n’est pas réduit à son impuissance sexuelle, ni sa déchéance. En tant qu’homme et en tant qu’artiste, je ne crois pas que Mark ne soit qu’une épave. Il est au contraire un ovni, un cosmonaute sacrifié par la puissance de son génie, de ses visions, son courage, mais surtout par le pragmatisme de la femme qu’il aime passionnément. En rivalité avec lui, ce pragmatisme est un piège qui les sépare. D’ailleurs, ce pragmatisme nuit également à Miriam. Cette femme en est consciente, elle aussi. Ce détail n’est–il pas émouvant, qu’en penses-tu Christine ? Cette pièce magnifique, épurée, est emblématique. Plus loin, la question du cerce de lumière, prépondérante bien sûr, se donne littéralement dans la mise en scène, avec un projecteur, alors que cet aspect étrange du texte devrait s’éclairer, se travailler sous l’angle de ton personnage. C’est le vieux fan, réactivé dans la seconde hier soir, qui te parle ce matin. Christine, tu joues merveilleusement, ta voix, tes façons, ta présence. Alors oui, ne m’en veux pas si j’ose t’en demander plus encore. La mise en scène est certes brillante et efficace, mais elle n’émane pas d’un artiste qui, je cite de mémoire, met sa vie en jeu, comme l'écrit Tennessee. Routiniers des officines post-culturelles, le metteur en scène et le traducteur ne sont que de brillants bureaucrates, tout comme Philippe Adrien qui dirige la Tempête. Tokyo Bar me hante autant que tout ce que j’écris. Tu comprendras de quoi je parle en lisant Des mains comme des crabes sur le corps de ma voisine, qui est une nouvelle, puis REAL SEX. Le SPY entre en jeu dans l’épisode 3, au moment d’un repas chez l’ANALYSTE, madame Chéreau. C’est une vieille amie du père d’Elise, JOEL, interprété par PASCAL GREGGORY qui surgit, de biais, dans l’épisode 0. Cet épisode n’existe que sous forme d’ébauche aujourd’hui. […] Réalisation, Jean-Cédric Rimaud. Production, Romain Guilbert. Distribution, Evelyne Didi, Greggory, Eriq Ebouaney, Vanessa Aiffe. Musique, Camille, Jean-Louis Murat. Chef opérateur, Gordon Spooner qui débute aux Amandiers en 1981-83, peut-être l’as-tu déjà croisé ? A bientôt, car j’aimerais revenir te voir à la Tempête. Jeance — Jean-Cédric Rimaud — est un homme absolument unique. Tu vas l’adorer. Vous êtes fait pour vous entendre. JOMLES NOUVELLES CHRONIQUES DE L'HOMME, EPISODE 11 — Mon Dieu, quelle soirée horrible au Théâtre de l'Aquarium, direction François Rancillac — J'étais désespéré, et exprimant ce désespoir, je heurtai quelqu’un dans le public, la sensibilité d'un inconnu. L'homme m'attendait à la sortie : son uppercut du droit, par surprise en pleine gueule, me projette à terre. Mes lunettes s'envolent à dix mètres sur la pelouse de la Cartoucherie, dans l'obscurité de la forêt faisant décor.
— Je ne suis pas Stéphane Orly, ni personne du spectacle, mais tu m'as insulté, connard… A ce titre, maintenant, tu vas payer !
L’homme était bien plus grand et plus costaud que moi. Quelqu'un s'interposa bravement :
— Laisse-le, c'est assez comme ça…
Mais l’autre persistait à me courser comme un lapin :
— Ta copine s’est barrée, hé ! Pauvre type !
Je ne savais plus si je devais en effet foutre le camp, ventre à terre, ou retourner dans l’écrin du théâtre, au foyer de l’Aquarium supporter encore ce calvaire des Arpenteurs, le titre du spectacle auquel nous venions d’assister, sur plus de deux heures trente, dans lequel nous baignions tous au savon cuit du cynisme. Comment interrompre notre course-poursuite dans l’obscurité d’une crise dictée par les richards via les médias, pour nous asservir et s’enrichir davantage ? Comment oser me replonger dans la vie d'un spécialiste des dossiers culturels, vêtu d'une chemise bariolée, crachant crânement dans la soupe sur scène ? « Le temps du spectacle = remplir du vide ! », avions-nous lu, Mallorie et moi, sur un carton découpé, à la Brecht, promené sur scène par l'auteur. La bureaucratie faite art, avec de belles phrases, bien pensées, parfois même historiques, mais sans état d'âme. « Du cynisme à l'état brut, me disais-je, pour bien nous laver les oreilles ! »
J’étais épuisé par des années de labeur et d’insuccès, je n'en pouvais plus, mais je devais me tirer des sales pattes de cet inconnu :
— Tu vas me le payer, payer, hurlait-il comme une locomotive, tu vas me le payer ! Ta copine s’est barrée, barrée, tu aurais mieux fait de lui coller aux basques !
Puis l’homme éclatait de rire, après chacune de ses répliques, en soufflant des jets de vapeur brûlante. Longtemps nous courûmes ensemble dans la forêt. Ses insultes, les grognements sensuels de la Créature, caressaient mon échine pour La réveiller en moi :
— Fils de pute, connard, je te ferai la peau, connard, la peau !
En effet Mallorie, mon amoureuse depuis des mois, s'était soudainement volatilisée… Que devais-je faire ? Dans quels bras me réfugier ? J'avais franchi la ligne. Mallorie, elle aussi, m’avait prévenu plusieurs fois. Sauf le coup de point dans la gueule, ce n’était plus une surprise, mais un cauchemar : rejoindre le martyre de Martin Luther King et John Lennon, celui de Luca, un copain de mon fils, treize ans, qui s’était pendu dimanche dernier, tel serait mon lot ce soir. Bientôt à l’image des parents de Luca, dévastés, délavés, anéantis sous le joug des événements, réduits en poussière, il ne restera rien de mon corps, ni peut-être de mon esprit. Une taupe avec ses petites griffes ne ferait pas autrement dans la terre meuble. Je n’écris pas avec les yeux. Rien, la ligne noire de la forêt, le vide, je fulminais, je préparais ma dernière prière en me souvenant des mots de Laurent Terzieff qui me précédait dans l’au-delà :
— Pour jouer, il faut posséder la force de conviction. Car l’acteur n’a qu’une seule loi : convaincre.
La soif de vivre me rappelait toutes les pages de son foutu bouquin pour occuper l’Autre pendant que je sauvais ma peau :
— La mise en scène, c’est peut-être une question de virilité : être seulement acteur a quelque chose de trop féminin ! hurlai-je dans le vide.
Abandonnant soudain la course, la rage de mon adversaire se tarit aussi mystérieusement qu’elle s’était enflammée, j'étais sauvé…
— On ne devient pas libre en passant par le compromis, il faut décider d’être libre d’abord, conclut l’Hermite de la rue du Dragon, me souriant page 80, en Poche, tiré à des millions d’exemplaires.
Devant la porte, l’homme fumait une cigarette, tranquillement, avant de rejoindre la chaleur du foyer et le bar de l'Aquarium, sans doute, où l'accueillerait, après les plaisirs de la chasse, un bon verre de rouge marié à un sandwich-club dégueulasse, vendu une fortune. Maintenant hors de danger, je reprenais mon souffle. J’ interrogeai l'un ou l'autre des témoins de la scène. Un comédien pensait la même chose que moi, mais il ne le dirait jamais :
— Pardonnez-moi, le spectacle auquel nous venons d'assister est affligeant, oui, j’en conviens, mais je vais jouer pour Rancillac en janvier. Que voulez-vous ? Je ne puis alors que me taire…
En nous voyant discuter ensemble et afin d’éviter de me saluer, sa meuf accéléra le pas vers la navette gratuite. C’était la soirée des meufs qui se barrent en déplorant l’attitude détestable des mecs. L’angoisse montait : Qui était donc cette brute, avec une barbe, un cuir sur les épaules chauffant ses biceps pour me faire la peau ?
— Ce n'est pas quelqu'un du spectacle.
Le type, par ailleurs avenant, ne prenait pas autrement parti sinon en me donnant cette information.
— Je le sais, puisque moi je suis du spectacle, ajouta-t-il sobrement. L’ai jamais vu traîner ici auparavant… Sais pas qui c’est…
Prenant mon courage à deux mains, je décidai de rejoindre l'enfer. Pour la seconde fois ce soir, je poussai encore la porte du théâtre. Fendant silencieusement une foule compacte d'où Elle jaillirait, encore, je La cherchai le cœur battant, la Créature ! Quelqu'un tapa sur mon épaule derrière moi. C'était une vieille comédienne, Sarah Chaumette :
— Es-tu fou ? Comment oses-tu revenir ?
Il faut savoir qu'à l'époque où nous travaillions ensemble, Sarah tournait dans un court métrage que je réalisais. Ma faute avait été de ne sélectionner aucun gros plan sur elle. François Chaumette, son père, aurait-il ainsi reconnu sa fille ? Monique Chaumette, sa tante, et Philippe Noiret, son parrain — ou Michel Piccoli ? —, auraient-ils enfin aimé le petit cheval roux dans la famille, ruant dans les brancards ? Dans un milieu où l'ego est roi, le sacrifice froid de sa descendance est d’un usage courant, l'auteur sur scène nous l'avait précisé. Claquant les talons de ses mocassins, passant la rampe sur scène, c'était l'un des affreux chapitres de son message : « A bas les enfants, ils nous emmerdent ! »
— S'il te plaît Sarah, pas maintenant, veux-tu ? rétorquai-je en me tenant l'épaule droite, meurtrie dans ma chute, qui me faisait mal, rêvant à un massage de nuque impossible sans ma copine pour me remettre d'aplomb.
— C'est une insulte au comédien ! hurla Sarah dans mon dos, tenant dans ses bras la femme éplorée ayant quitté le costume d'écureuil (sic) qu'elle avait sur scène.
—… Un costume de carnaval, à deux sous, que Brecht n’aurait pas endossé, sinon cousu main et puant la carne d’une meute anéantie, songeai-je en les abandonnant à leur triste sort.
C'est alors qu'Elle apparut, la Créature, accoudée au bar…
— Je te prie de m'excuser, mec ! lançai-je timidement, de loin, pour tenter de recoller les morceaux.
— Je les accepte, fit-Elle laconiquement.
— Alors nous sommes quittes, vraiment ?
La dialectique diabolique de l’auteur, ferait-elle finalement de moi, pauvre fou désespéré, qu'une seule bouchée ? Je croyais me rapprocher lentement du bar, mais en réalité je stagnais dans des sables mouvants. Tout le monde aurait eu de bonnes raisons pour dire avec des mots choisis que c'était de la merde, mais mieux que son précédent spectacle ! Que faire, où aller parmi cette absence de foi, d'engagement, qui vilement remplaçait une foi en soi antidépressive et aliénante ? L’homme sirotait un drink en bavardant avec une amie. Tandis que je me fondais dans la masse, je reconnu la comédienne principale qui s’approchait de nous. Au lieu de me sermonner, comme je m’y attendais, comme tous les autres, celle-ci s'accrocha au cou de la Créature qui jubilait en ronronnant. Le chevalier au service de sa dame ! J'éclatais de rire en découvrant le pot aux roses, la grande dame du spectacle, qui se lovait contre lui. Elle lui léchait le visage amoureusement. D'un air détendu, en me parlant à la dérobée entre deux baisers, le vieux fauve savourait sa victoire :
— Dieu nous regarde, bébé…
Ses yeux n'étaient plus rouges comme tout à l'heure, mais d'un bleu profond incommensurable.

Il est épinglé sur le mur, au-dessus du bureau. Un proverbe tibétain, bénéfique et très puissant. Ces mots pour me tirer d’affaire maintenant. Le temps est une abstraction à laquelle personne ne devrait se fier. Un beau jour, c’est le moment, sans révision possible — hey ! — le présent — il est dans ton cul — connard !




« Lorsque n'importe quelle fille va protester, elle devient belle ; lorsqu'elle est topless, lorsqu'elle enlève ses chaînes, elle devient belle, magnifique, à l'intérieur et à l'extérieur. »
« La grande différence entre les féministes occidentales et nous, c'est que nous assumons pleinement notre féminité : nous en faisons une arme de guerre ! En Occident, elles rechignent à utiliser leur corps et leur beauté pour atteindre leur but. J'espère que dans un avenir proche, on parlera des féministes comme des femmes belles et séduisantes, et non pas comme des femmes voulant ressembler à des hommes, reniant et dévalorisant leur féminité. »
« N'avez-vous pas l'impression que l'on vous regarde plus que l'on ne vous écoute ? C'est là que je suis un tout petit peu gênée. »
« […] Le guerrier possède le contrôle. Il ne s'agit pas de contrôler d'autres êtres humains mais ses propres émotions, son propre moi. C'est lorsqu'on perd le contrôle qu'on réprime ses émotions. La différence entre un guerrier et une victime, c'est que cette dernière réprime ses émotions tandis que le guerrier les réfrènes. La victime les réprime parce qu'elle a peur de les exprimer. Se réfréner n'est pas la même chose que de réprimer. Se réfréner signifie contenir ses émotions puis les exprimer au bon moment : ni avant, ni après. »
